ob_f13048_ob-277bb7-monument-aux-morts-d-equeurdA grand renfort de couverture médiatique, Maurice Genevoix entre au Panthéon 102 ans après la fin de cette tragique et sanglante Grande Guerre. Pourquoi pas ? Il l’a bien mérité, autant et même beaucoup plus que certain mari de…

102 ans c’est loin, beaucoup de mélange dans les esprits, beaucoup parlent de libération, confondant allègrement cette guerre de revanche avec la deuxième (qui hélas ne restera sans doute pas la seconde) que les résistants transformèrent en vraie guerre de libération.

Comme pour tous les enfants nés peu après 1945, mon enfance fut baignée par « Ceux de 14 », par la lecture programmée de son livre dans mon « cursus scolaire », par cette sempiternelle projection des « Croix de Bois » dans nos après-midi du jeudi en parascolaire chaque année au plus proche jeudi du 11 novembre, par notre participation quasi obligatoire (et c’était une bonne chose) au défilé de ce jour et par les réalités :  l’œil de verre  de mon grand-père, résultat des combats d'octobre 1915 à « La fille morte », et décédé quand j’avais 5 ans avant d’avoir eu le temps de me raconter,  des deux pieds coupés à « la route de  l’homme mort » de son frère mon grand-oncle que j’adorais,  qui lui me narra sans compter les horreurs de ce temps, la guerre, la blessure, les traitements et les séjours sanitaires. Oui 1914-1918, ceux de ma génération en ont une idée plus que précise.

Très vite d’ailleurs, les souvenirs officiels faisant des héros avec tous ces pauvres gars qu’on envoya au massacre se sont enrichis de la lecture d’Anatole France « on croit mourir pour la Patrie, on meurt pour les Industriels », les premières sorties du Gien natal pour des sorties, des fins de semaine avec les copains ou amis ont apporté ces quelques monuments portant l’inscription « maudite soit la guerre », puis la vie militante permit la connaissance des mutineries de 17, des « fusillés pour l’exemple », de la « Chanson de Craonne » et l’adolescence sur fond de guerre d’Algérie pas plus propre que les autres était là pour nous rappeler que le rêve des poilus d’avoir vécu la « der des der » était un vœu pieux…

Genevoix a écrit « Ceux de 14 » avec son talent, il n’y a pas valorisé les va-t-en-guerre, pas décrit une guerre d’exploits dits glorieux mais bel et bien son horreur, sa réalité quotidienne, celle du copain qu’on voit rire avant que la balle tirée le fige à jamais dans la boue d’une tranchée, celle du ventre ouvert, de la « gueule cassée » et de l’infirmité pour toute une vie. Qu’il en soit remercié aujourd’hui est tout à fait normal et même appréciable mais heureusement Genevoix ce n’est pas que « Ceux de 14 ».

Le talent de Genevoix toucha chez moi une sensibilité beaucoup plus grande qui ne m’a jamais quitté, l’amour de la Loire et de ce pays ligérien, et je me souviens de cette étude de texte que nous donna notre merveilleux prof de français du collège public de Gien, M.Petit, avec ce bel extrait de Rémy des Rauches qui commence par « Il regardait la Loire » et qui contient ce paragraphe superbe : « « Lorsqu’une libellule passe devant ma porte et vole à la pointe des rauches, je l’écoute grésiller comme une verte étincelle et je lui dis seulement : « Sois libellule. » Et mes yeux qui la suivent s’en vont vers la Loire ; et la Loire prend mes yeux ; et je lui dis seulement, tout au fond de mon cœur : « Sois la Loire. » »

Tout comme ceux qui se battent actuellement avec les défenseurs de la Loire face à un pont près de sa maison de famille, je pense qu’il les aurait soutenus et aussi qu'il aurait rejoint les nombreux et prestigieux parrains de nos platanes de Gien.

J’en profite pour signaler un magnifique article que m’a fait connaître mon amie politique Brigitte Blang « la dernière bataille de Maurice Genevoix-lettre ouverte à Emmanuel Macron (https://genevoix-vivra.frama.site) qui resitue Maurice Genevoix dans l'ensemble de ce que fut sa vie qui ne se limite pas à "Ceux de 14".

Il n’est pas non plus étranger à mon amour de la nature et des bois.  Et comment ne pas me souvenir de la célébration de ce pays de Sologne qui gagna mon cœur dans ces années 60 et ces superbes week-ends avec l’ami Jean-Pierre, bien trop tôt disparu qui repose là-bas dans ce petit cimetière de Sennely ….

Oui Genevoix c’est «  Ceux de 14 » générateur de l’hommage aujourd’hui rendu mais pour moi, c’est avant tout et pour toujours « Rémy des Rauches »,  "Raboliot » et tant et tant d'autres belles pages....