13344788_780436578724783_3478759841897993243_n Dans notre culture,notre formation ,la mort sacralise tout. Je suis de cette formation et pour éviter d’y déroger, je reste toujours dans une simple forme de respect sans éloge ou commentaire désobligeant.

Dans ma vie militante, Michel Rocard tient une place un peu particulière, celle du combat des idées, celle de la valse hésitation intellectuelle permanente entre la fidélité aux idéaux défendus et l’attrait du pouvoir avec sa dose de duperies, de tromperies, de mensonges. J’ai choisi d’essayer de ne jamais trahir la fidélité, je n’ai jamais pu assumer la moindre parcelle de pouvoir y compris celle de maire de ma ville dont j’avais tant rêvé…Est-ce un bien, est-ce un mal, je ne sais mais je suis de cette trempe qui ne fait aucune concession à l’honnêteté y compris intellectuelle et puis, je suis ainsi fait …comme disent ces gens de ma génération «  ce n’est pas ton âge qu’on va te changer »

C’est dans le début de ma vie politique que j’ai lu, étudié les années passées et l’attitude de Michel Rocard dans la révolution algérienne, la rupture avec la SFIO et la création du PSU. La véritable rencontre s’est faite un soir de mai 68 lors de ce fameux meeting du stade Charléty. La position claire, lucide, intelligente de ce camarade face à la situation, face à Mitterrand qui pour nous, jeunes militants, imprégnés du rôle joué vis-à-vis de l’Algérie, était la négation absolue du socialisme, face aussi à la vision qu’avaient la CGT et le PC de l’époque, m’a amené à penser que l’engagement syndical n’était pas suffisant et c’est ainsi que j’ai adhéré, dans la foulée des évènements au PSU, section de Gien animée par le docteur Jean Chibout. Certes je vivais à Orléans mais je gardais quelque part, l’amour de cette ville de Gien où j’espérais jouer un jour un rôle.

Nous faisions notre travail de petit parti qui faisait tout pour grandir et c’est ainsi que je me suis vite retrouvé dans le comité de campagne du Loiret pour la Présidentielle de 69. Les souvenirs de notre belle campagne, la première pour moi sont ceux de nos affichages et tractages, de notre recherche compliquée des parrainages, de nos réunions dans une salle de la rue des Pensées à Orléans avec les militants de l’époque dont quelques uns m’ont beaucoup marqué Michel de la Fournière (longtemps après ambassadeur de France en Haîti), Tintin Cornu, Jacques Boutonnet ( président de l’UNEF qui comme moi, pour la CFDT, prononça son premier discours le 13 mai et avec qui nous étions face aux syndicats traditionnels, la voie de construction d’une force révolutionnaire pendant les évènements de mai 68), Marcel Reggui, Jean Chibout, Jean-Claude Groeninck ( qui fut maire de La Ferté-Saint Aubin). Il me souvient aussi de ces pots pris souvent au Lutécia et la mémoire d’un soir où Michel Rocard était des nôtres, belle campagne, beau parti, belles promesses d’avenir.

Beaucoup de mes camarades de la CFDT avaient comme moi, fait le choix d’adhérer à ce parti et il se passa ce qui se passe trop souvent dans la relation syndicat parti, la volonté du parti d’avoir « une courroie de transmission » et le parti avait jeté son dévolu sur notre syndicat pour porter sa parole dans les entreprises, avoir des candidats dans les élections etc…

Beaucoup d’entre nous ont eu la force de refuser ce type de choses et chacun choisit sa voie, la priorisation à la CFDT pour les uns dont je fus, la priorisation au parti pour les autres mais les années se suivaient et un autre monstre, plus gourmand apparaissait à l’horizon, le parti socialiste créé sur les cendres de la SFIO dont Rocard avait claqué la porte 15 ans auparavant faisait les yeux doux. Présidé par Mitterrand, avec l’objectif de réunir la gauche pour accéder au pouvoir, en discussion pour le programme commun, le PS réussit à influencer le PSU et son secrétaire général et ce fut le passage de bon nombre d’entre nous avec Rocard au PS avec armes et bagages pour y porter disaient-ils « la force d’une gauche plus radicale »… En fait l’outil qui devait permettre une orientation plus à gauche du courant mitterrandien s’est retourné contre lui et ce n’est pas le PS qui prit la voie de la gauche mais bel et bien la voie social-démocrate qui fut empruntée par Rocard rejoignant Delors et aboutit au désastre de 1983, l’opération électorale d’accès à la fonction suprême s’étant échouée à plusieurs reprises sur la ténacité rusée du président Mitterrand. L’opération sur le terrain social fut également menée de main de maître en féodalisant la CFDT, réussissant de fait ce que le PSU avait essayé sans succès 10 ans plus tôt.

Pour des raisons remontant probablement à l’affaire algérienne où, je l’ai déjà dit, Rocard fut admirable et Mitterrand plus que discutable dans leurs attitudes, le Président réélu en 1988 joue avec un Rocard 1er ministre qu’il rêve d’achever politiquement, ce qui d’ailleurs fut réussi.

Dans la logique des directives européennes, Rocard s’est en fait toujours opposé aux nationalisations. Il fallait alors aller plus loin et faire entrer dans les privatisations ce qui ne l’a jamais été et c’est le statut des PTT avec le ministre Quilès (qui de temps à autre ose se réclamer de l’aile gauche du PS) qui essuiera les plâtres… Un débat interne biaisé, un débat public bien organisé et l’on arrive à la loi de 1991 où les métiers de la plus belle administration sont séparés, où l’on peut accéder avec un statut de non fonctionnaire, où l’on supprime la fonction et le serment de comptable public aux « receveurs des PTT ». Ceci permettra sans soucis, la privatisation d’Orange sous le gouvernement Jospin, l’ouverture du capital de La Poste sous Sarkosi et le résultat humain et qualitatif désastreux que l’on connaît pour ces deux branches.

Certes, la rupture était depuis longtemps consommée et je croyais qu’on avait touché le fond mais non, cet homme en lequel j’avais tant cru, qui pour moi avait abandonné tous nos combats, a réussi a accepter une mission du dangereux Président que la France s’est donnée en 2007 ( car il n’y aucun problème en ce qui me concerne à accepter que des gens de sensibilité à droite pensent et votent  à droite mais pour moi le Sarkosisme reste autre chose de plus grave et de plus inquiétant).

Donc il reste de ce temps un espoir déçu, une question ancienne restée sans réponse sur l’évolution possible des hommes de conviction les plus endurcis mais Rocard est mort, place à l’avenir et paix à sa mémoire.

Et que viennent faire Mélenchon et le PG dans ton texte, seriez vous sans doute tentés de dire….

Pour les gens de ma génération qui ont vécu les suites de l’Algérie, l’espoir de la révolution cubaine, Mai 68 et le PSU de Rocard et qui ont voulu rester fidèles à une conception révolutionnaire, la désillusion de 1983 fut un déchirement.

Je ne traiterai pas ici des années de recherche, du leurre que fut la conception des « mouvements alternatifs citoyens » des années 80/90, du désastreux « compagnonnage » de route avec le PCF en 1955/2005, des atermoiements y compris sociétaux des gouvernements socialo-communistes ou socialistes de ces trente dernières années, ceci a été déjà été traité.

Cependant la rupture de Mélenchon avec le PS n’est pas sans rappeler la rupture Rocard/SFIO, la création du PG n’est pas forcément comparable à la création du PSU mais des traits communs s’y retrouvent.

C’est ainsi que, Internet, 2012 et le PG aidant, un candidat prometteur, ayant réuni 4 millions de voix en 2012, porteur de 118 000 soutiens à ce jour a fait renaître l’espoir et mène pour 2017 une campagne très bien menée qui peut se révéler avoir un résultat plus que positif. Par ailleurs le mouvement social qui se développe et engrange un espoir nouveau peut se conjuguer avec la candidature de Jean-Luc Mélenchon.

La rupture avec le PS des femmes et des hommes qui ont crée en 2008 le Parti de Gauche était facteur de grande espérance. Son élargissement naturel qui s’est réalisé avec les apports de militants non issus du PS ou, comme moi, issus d'un parcours politique-galère suite à une rupture avec le PS depuis 30 ans, l’apport de la charte écosocialiste doivent faire de ce parti le vecteur essentiel de la victoire et surtout de l’après-victoire de 2017…

Sommes –nous en mesure de nous l’imposer et de savoir ne pas disparaître dans des rêves de fusion avec tel ou tel grand parti, comme ce fut le cas pour la disparition du PSU ? Sommes-nous en mesure de faire en sorte que les milliers de  soutiens de  JLM2017 comprennent que rien ne se fera sans un parti fort, structurellement organisé pour aider le peuple à débattre et s’imposer, pour permettre de nous donner une Constitution en ce sens, que ce parti existe, qu’il s’appelle Parti de Gauche et qu'une des conditions de la réussite c'est qu'ils le rejoignent ?

Que les mois et les années qui viennent soient la concrétisation de ces aspirations, seuls moyens véritables pour que le Peuple sache éviter à Jean-Luc Mélenchon un dérive de type Rocard et au PG une disparition dans les méandres politiciens comme ce fut le cas du PSU.

www.jlm2017.fr